Warning: Missing argument 2 for wpdb::prepare(), called in /nfs/c03/h01/mnt/53704/domains/blog.francoismonney.com/html/wp-content/plugins/wp-post-thumbnail/wppt.php on line 372 and defined in /nfs/c03/h01/mnt/53704/domains/blog.francoismonney.com/html/wp-includes/wp-db.php on line 1199
En mémoire de l’Ambulance de la Glâne | Fragments actuels

En mémoire de l’Ambulance de la Glâne

Je vous remercie de m’avoir permis de vivre une expérience extraordinaire durant ces années. […] …dans l’immédiat, j’ai besoin d’oublier ce qui fut pour moi pendant ces années une sorte de passion.

Au moment de raccrocher notre combinaison rouge d’ambulancier, nous avons tous connu ce besoin d’oubli. Oublier cette «sorte de passion» qu’évoque un ambulancier dans sa lettre de démission du service de l’ambulance du district de la Glâne. Oublier la tension de l’urgence et les montées d’adrénaline, et aussi le manque – assez malsain par ailleurs – qui en résulte. Oublier la difficulté à s’endormir lorsque les images, les sons et les relents d’une intervention accident de nuit tiennent à nous accompagner jusque dans notre lit.
Depuis quelque treize années, j’y étais bien parvenu, à oublier. Jusqu’à ce que le décès subit de ma maman en avril 2007 ne me plonge dans les archives de « Doly-centrale » laissées en plan par mon père depuis 2003, année où le service de l’ambulance de la Glâne fut démantelé à la faveur du regroupement à Vaulruz des trois services d’ambulance du Sud du canton de Fribourg.

Un système de milice très Suisse
Durant ving-cinq ans, le service d’ambulance du district de la Glâne ne compta qu’un seul employé permanent : son gérant, en l’occurrence mon père. Financé par les communes du district, le Centre des premiers secours sanitaires de la Glâne (CPSSG) ne pouvait s’offrir plus d’employés permanents. Partant, les centralistes, ambulanciers, chauffeurs d’ambulance ou chefs d’intervention qui assurèrent la disponibilité permanente des premiers secours pour le district de la Glâne étaient tous des «miliciens» – des volontaires – qui mettaient leur temps libre à la disposition du service d’ambulance. Pendant quinze ans, je fus de ceux-là.

Une vie à côté du téléphone…
Papa gérant du service d’ambulance, notre appartement est vite devenu «Doly-centrale», la centrale d’engagement de l’ambulance de la Glâne.
De jour comme de nuit, cela commençait toujours par un appel téléphonique sur le «treize trente-trois». Le 037 52 13 33, ou plus tard le 026 652 13 33, le numéro d’appel de l’ambulance. Le «treize trente-trois», une sonnerie différente des autres, de toutes les autres : le «treize trente-quatre», le «vingt-six zéro neuf», le «dix-neuf cinquante-deux» ou encore le «dix-huit quatre-vingt un». Toutes ces lignes aboutissaient sur le bureau de papa mais seule la sonnerie du «treize trente-trois» retentissait à travers tout l’appartement. La famille vivait au rythme de l’ambulance. Maman encore plus que n’importe qui. Vingt-cinq années durant, ma mère n’a quitté l’appartement que «vite» ou «en vitesse», des fois que papa doive partir en intervention avec l’ambulance et que personne ne soit là pour répondre au téléphone ou tenir la radio, lorsque mes frères – Vincent, Claude et Alexandre – et moi étions absents du domicile. En vingt-cinq ans, elle était devenue la voix de l’ambulance de la Glâne.

La voix de l’ambulance
De nuit, c’était en principe papa qui prenait l’appel et qui souvent déclenchait soit Jean-Paul, Etienne, «Jeannot», «Titoune», Vincent, moi ou un autre. Une fois papa parti, maman assurait la permanence du téléphone et du réseau radio de l’ambulance. Durant la journée, c’était presque toujours maman qui s’y collait : – Bonjour Yolande, c’est Marie-Madeleine, …est-ce que Jean-Paul est là ? Ce serait pour une ambulance… Est-ce qu’il… Ah, il enfile déjà sa blouse ?! Dites-lui que c’est pour un malaise à Villaraboud. Hubert le prend devant chez vous dans cinq’. Il est déjà parti ?!
En direction de la porte d’entrée de l’appartement : – Il te rejoint au garage ! – Vous étiez en train de manger ? Vous alliez vous mettre à table… J’espère qu’ils ne devront pas aller jusqu’au Cantonal… J’averti tout de même le Parc qu’il aura du retard. Excusez-moi du dérangement Yolande. […] Merci, c’est gentil. […] Oui, je vous tiens au courant. Au revoir Yolande.
De jour comme de nuit, à la radio, c’était toujours la voix de maman qui réduisait la part d’inconnu : – Doly 1 de Doly-centrale, répondez. – Doly 1, j’écoute. – La gendarmerie vient de me communiquer : accident frontal, deux véhicules, deux blessés graves, un léger. À vous. – Doly 1, compris, déclenchez le Parc. Terminé. – Doly-centrale, compris, je déclenche le Parc. Terminé.»
En intervention, en transfert d’urgence sur le Cantonal ou sur le CHUV, ou seuls dans la nuit à la recherche d’une ferme isolée dans laquelle attendait «un fémur cassé», c’était en permanence la voix de maman qui nous reliait avec l’Hôpital de Billens, le Cantonal ou le CHUV, le médecin, les autres services d’ambulance, les pompiers ou la gendarmerie.

Speedy Jean-Paul
De nuit comme de jour, lorsque «Doly 1» et «Doly 2» étaient encore stationnées à la route d’Arruffens, dans le garage souterrain de notre immeuble, le fait de prendre Jean-Paul devant chez lui nous évitait surtout le camouflet de le découvrir, battant la semelle devant la porte du garage, à attendre que le véhicule sorte – enfin !

C’est qu’il était rapide, Jean-Paul ; très, très rapide même, au point que vouloir le prendre de vitesse tenait de la gageure. Il était souvent plus prompt que nous qui n’avions que deux étages à dévaler et dix mètres à courir pour embarquer dans «Doly». Deux cents mètres. C’était, grosso modo, la distance qu’il avait à parcourir entre chez lui – quatrième étage – et le garage de l’ambulance. Aux 200 m du championnat des ambulanciers glânois, dans la catégorie «en survêt’ de sport et blouse blanche à pieds nus dans des bottes», il aurait décroché à tous les coups la médaille d’or, Jean-Paul, c’est certain.
Et tous les handicaps que papa s’ingéniera à nous imposer au fil du temps n’y changeront rien. Les poches de nos blouses blanches, ou plus tard de nos combinaisons, déformées à se déchirer par un carnet de fiches d’intervention, un porte-mine – «Parce que cela fonctionne en toute situation !», un stylo bille, un stylo feutre indélébile, une craie grasse de couleur jaune, une paire de ciseaux à bouts ronds, une pince à clamper, une paire de ciseaux universels – «Pour couper les jean’s et les blousons de cuir !», une mini lampe torche pour tester la mydriase, deux rouleaux de bande adhésive de largeurs différentes, deux ou trois paires de gants de latex, un gros mini Pocket Mask pour la ventilation «bouche-à-nez», …et l’indispensable radio portative à la main, Jean-Paul réussissait quasiment toujours à arriver le premier au véhicule.
Maintenant que j’y repense, il y avait aussi un autre avantage à prendre Jean-Paul devant chez lui. N’étant pas au volant, cela lui évitait de poser sa sempiternelle question avant de lancer le véhicule le long de la route d’Arruffens : – Villaraboud, Villaraboud… c’est côté Lausanne ou Fribourg ? – Lausanne, Jean-Paul, direction Lausanne ! – Merci ! C’est bête mais j’confonds encore toujours avec Villarimboud !
Le nombre de fois où il nous a fait le coup… Aujourd’hui encore, je ne sais pas s’il plaisantait ou s’il disait vrai.

Hello Doly !
La première « Doly 1 » : tout un poème. C’était un fourgon Fiat 1100. Déjà sous-motorisé pour faire fonction d’ambulance, avec les quelque 1’000 kilos de matériel sanitaire rajoutés par papa, c’était en fait un vrai veau.
Descente en urgence sur le CHUV. Papa au volant, Jean-Paul et Romain à l’arrière avec le patient. Feux bleus et sirène enclenchés, dans la montée d’Essertes au déboulé d’Oron-la-Ville, pied au plancher : quarante et un à l’heure ! …et «Doly» talonnée par une Golf GTI qui hésite à la doubler.
La première fois où cette anecdote est parvenu à mes oreilles, j’ai cru à une boutade de Jean-Paul. Il avait coutume d’en faire au retour d’une intervention difficile. C’était sa façon de procéder au debriefing, autour d’une tasse de café. Et il en faisait parfois des tonnes lorsqu’il évoquait «Doly», ses reprises et sa pointe de vitesse. Jusqu’au soir où je me suis retrouvé moi aussi en transfert d’urgence sur Lausanne, dans la montée d’Essertes, avec Jean-Paul qui jouait du levier des vitesses pour éviter qu’en troisième l’aiguille du tachymètre ne passe lamentablement sous la marque des quarante, et qu’en deuxième les vibrations parcourant la caisse du fourgon Fiat n’achèvent le blessé. Et à nos trousses, une voiture qui, à grand renfort d’appels de phares, demandait le droit de nous doubler…

Une époque, un système
On l’a dit, à l’occasion, que le système de service d’ambulance mis en place dans la Glâne était la meilleure solution pour le district. Peut-être. À tout le moins, cela demanderait une étude comparative pour l’affirmer.
Pour ma part, je pense que ce système n’était pas aussi bien que le croyaient ses plus fervents défenseurs, ni aussi efficace que mon père espérait le voir reconnu un jour. Toutefois, au vu du coût que représente aujourd’hui pour la collectivité un service de premiers secours professionnel, la solution adoptée dans la Glâne n’était pas aussi amateure qu’ont bien voulu le dire ses plus ardents détracteurs.

Notes de fin
La mise en ligne de ce billet et celle sur Flickr des trop rares images retrouvées dans les dossiers de «Doly-centrale» constituent deux clins d’oeil de ma part : l’un à l’adresse de l’« équipe des rouges » – l’expression est de «Titoune» – et l’autre à «leurs Doly’s».

equipe-des-rouges

Si les «Doly’s» ont quitté Romont pour Vaulruz, l’«équipe des rouges» ne s’est pas dissoute pour autant. Un bonne partie de ses membres est restée active au sein du Club 144 Rescue Team de Romont.

Albums photos sur Flickr
Les «Doly’s» à la parade | L’«équipe des rouges» à l’engagement

Hyperliens
Ambulances Sud Fribourgeois | Club 144 Rescue Team Romont

Aucun billet apparenté

URL courte: http://blog.francoismonney.com/?p=144

Posté par le 11 avr 2008. inséré dans Analyses. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article
  • Anonymous

    En lisant ce texte, mes souvenirs se sont très vite ravivés et ma lecture s’est vite empressée. Cette tranche d’histoire tend à disparaître chez moi, mais avec ce texte, les émotions me reviennent.
    La forme utilisée redonne bien l’ambiance de cette époque. Les aspects comme la montée d’adrénaline ou alors ces phases d’après-interventions ravivent très bien les moments et les états d’esprits que j’ai vécu. Ce temps me laissera toujours des images très fortes d’action et surtout d’engagement total des participants pendant l’intervention.
    Ce document et les photos sont superbes. Merci pour ton travail.
    Eddy_

  • http://blog.francoismonney.com/ François Monney

    Merci pour les louanges, Eddy. Cela me touche.

    Je suis très heureux que ce texte et les photos t’aient plu.
    Ecrit à la première personne, le texte souffre toutefois de partialité. J’ai oublié beaucoup de personnes et fait l’impasse sur l’engagement qui pourrait faire l’objet d’un ouvrage à lui tout seul. Il est toutefois difficile de faire plus long sous cette forme de publication.

    Je commettrai peut-être un autre billet sur le sujet, à l’occasion. Autre perspective : pousser plus avant l’embryon de synopsis d’ouvrage qui traîne sur mon bureau. Mais ça, c’est toute une autre histoire, une autre aventure.

    Bien cordialement,
    François Monney

Connexion | Designed by Gabfire themes