Sécurité à l’armée : professionnels vs miliciens
Selon Stéphane Rossini, « seul le professionnalisme peut être gage de compétence pour les soldats et, surtout pour tous les échelons de commandement. L’amateurisme de milice est d’un autre âge, qu’on le veuille ou non. » Voilà pour le lieu commun qui, comme nous l’a enseigné le philosophe Immanuel Kant, « il se peut que cela soit juste en théorie, mais, en pratique, cela ne vaut rien. »
Théorie et pratique
La pratique, ou la réalité d’une sécurité plus élevée au sein d’une armée professionnelle que d’une armée de milice ? C’est en France, à Carcassonne, auprès du Groupe de commandos parachutistes (GCP), l’élite du 3ème Régiment parachutiste d’infanterie de marine (3ème RPIMa) qu’il faut malheureusement aller l’appréhender.
Dimanche 29 juin 2008, 17h50, démonstration d’assaut lors de la Journée portes ouvertes du 3ème RPIMa, un sergent du GCP tire à balles réelles au lieu de balles à blanc comme l’ont fait les onze autres membres de l’équipe du GCP. Seize personnes (voire dix-sept selon les sources) dont quatre enfants blessés. Selon le préfet de l’Aude, Bernard Lemaire, dimanche soir au micro de France 3 : « Le pronostic vital est engagé pour deux des blessés, dont un enfant (âgé de trois ans), et deux autres personnes sont blessées très graves. » Suite à cette tragédie, Nicolas Sarkozy a déclaré attendre « au plus tôt » le résultat des enquêtes « déjà diligentées » sur l’accident, « pour en tirer les conséquences qui seront exemplaires ».
Pour l’heure, les experts ou commentateurs du domaine militaire français ne s’expliquent pas les raisons de ce drame :
- comment est-ce possible de confondre des balles à blanc avec des balles réelles ?
- comment de telles munitions ont-elles pu se retrouver mélangées ?
- pourquoi avoir tiré en direction du public alors que c’est une chose qui ne doit jamais se faire, une arme, même chargée à blanc, n’étant pas un jouet ?
Accident stupide ? Méprise incompréhensible ? Dysfonctionnement d’un militaire pourtant aguerri ?
Le fait est que ce drame intervient au sein d’une unité d’élite de l’Armée française, une armée professionnelle, la France ayant mis fin il y a 10 ans à la conscription obligatoire, en l’occurrence à l’armée de masse.
Le mot et la chose
Aussi, utiliser le drame de la Kander pour réclamer le passage à une troupe professionnelle tient plus de la récupération à des fins idéologiques qu’à une réelle intention de lancer un débat pour que ce genre de tragédie – et c’est un euphémisme – puisse être évité à l’avenir. Cela révèle surtout une méconnaissance totale, tant de la chose que du sens du mot. L’amalgame entre armée professionnelle (la chose) et professionnalisme (le mot) est tout aussi infondé que celui entre armée de milice (la chose) et amateurisme (le mot). Rien n’est plus délétère pour la vie en société que la perversion du langage. Mal nommer les choses n’ajoute pas seulement au malheur du Monde, pour paraphraser Albert Camus, mal nommer les choses ajoute aussi au malheur des Hommes, ici aux familles et aux proches des militaires entraînés par bravade dans les flots tumultueux de la Kander. Mal nommer les choses empêche d’appréhender la réalité ; cela condamne à s’agiter dans l’artifice pour mieux consentir à l’amalgame.
Hyperliens concernant le drame au 3ème RPIMa de Carcassonne
« Secret défense », le blog de Jean-Dominique Merchet, journaliste à Libération
« Zone militaire »
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