Sondage, mon doux sondage…
Ce dimanche soir 29 novembre 2009, au moment de l’analyse des résultats de l’initiative anti-minarets, entre certains promoteurs de ladite initiative qui avouaient à demi-mots avoir été confortés par les sondages qui les annonçaient perdants – de peu, mais perdants tout de même, et les « anti anti-minarets » qui affichaient la « gueule de bois » de circonstance en pareille situation, on a cru voir des enfants, au sortir d’une nuit agitée, douter de l’utilité de leur doudou à les rassurer avant de s’endormir. Et de se raccrocher maintenant, de façon plus ou moins déclarée, à un « super doudou » : la CEDH, j’ai cité la Cours Européenne des Droits de l’Homme !
Tout même ! On le sait – et ils [nos responsables de partis nationaux] l’ont aussi appris [pour peu qu'ils se soient intéressés un jour à la question des sondages] : si la procédure suivie par les instituts de sondages et l’exploitation des données recueillies participent bien, elles, d’une démarche scientifique, à l’instar d’une critique, les résultats, eux, ne doivent pas être admis comme des vérités, loin s’en faut.
Car, entre-nous : qui va répondre en son âme et conscience à la question d’un sondeur en sachant plus ou moins pertinemment que sa réponse le classera dans l’innommable au moment de la publication des résultats : raciste, xénophobe, homophobe, etc. ? Au mieux une infime une minorité.
Et toujours entre-nous : malgré tout leur sérieux à tendre à l’objectivité, qui peut croire que les instituts de sondages ont trouvé aujourd’hui la parade miracle au phénomène susmentionné pour abstraire leurs résultats de ce type de biais ? Qui ? Franchement !
Mais n’allons pas, comme c’est souvent le cas en pareil lendemain de votations, vouer les instituts de sondage aux gémonies : ils sont composés pour la plupart de spécialistes qui ont une approche scientifique de leur métier, voire de leur art, dès lors qu’ils travaillent sur un matériau [nous] qui n’a pas la stabilité émotionnelle d’un caillou. Au mieux, peut-on reconnaître aux instituts de sondage une coresponsabilité dans l’importance que les élites politiques accordent à leur production, pour se rassurer, s’endormir et éventuellement se secouer face à une échéance électorale ou en votation populaire.
Au final ? Une incapacité manifeste des responsables politiques à communiquer avec leurs concitoyens·ennes, à leur expliquer les choses ainsi qu’à lancer un débat de société autre que celui de peindre le diable sur la muraille ou de s’écharper autour d’affiches. Des dirigeants et des figures de partis nationaux qui nous laissent la furieuse impression que pour mener campagne ils ne savent sortir de leur boîte à outil intellectuelle que le sondage comme doudou pour conjurer leurs propres peurs. Un beau gâchis. Pour les musulmans de Suisse, d’abord, pour les Suisses et la Suisse, ensuite.
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