Avions de combat : le coup de poker d’Ueli Maurer
Si le coup de poker politique peut sembler habile – inciter le GSsA à retirer son initiative demandant un moratoire de dix ans sur l’achat de nouveaux avions de combat pour éviter une facture se chiffrant en milliards de francs, et focaliser l’attention sur les enjeux d’une acquisition reportée pour des motifs financiers, la donne militaire, elle, s’avère plus complexe.
Du point de vue militaire, la procédure d’évaluation lancée en 2008 devra bien évidemment être totalement réinitialisée. Si en théorie cela ne constitue pas un problème, en pratique par contre l’expérience nous a appris qu’en vertu de notre système politique il faut compter dix ans entre le moment où l’on lance le processus et celui où les premiers appareils entrent en service. On a donc intérêt à ne pas se bercer d’illusions en planchant innocemment sur 2020, mais bien plutôt sur une arrivée en 2025 de tout nouvel avion de combat en Suisse.
Et d’ici-là ? Entre 2013 et 2015, nos vénérables 54 Tiger seront mis hors service pour des raisons techniques. Certes, ceci n’enterrera pas notre capacité de surveiller et de protéger notre espace aérien, mais cela l’entamera sérieusement. La capacité de reconnaissance aérienne continuera de nous faire défaut, tout comme celle d’appui des troupes au sol d’ailleurs, même si les canons de la prospective nous incitent à penser qu’il n’y a pas de menace immédiate à redouter dans ce domaine pour les 8 ou 10 prochaines années.
Une belle quadrature du cercle en perspective dès 2013 pour nos Forces aériennes : pendant environ 7 ans, si l’on en croit l’intention [théorique] politique, ou 12 ans, si l’on se réfère à l’expérience pratique, notre aviation militaire sera contrainte d’assurer le coup, d’assumer sa tâche essentielle de police aérienne avec ses seuls 33 Hornet. En réalité avec 21 à 22 appareils, étant donné que le coefficient de disponibilité opérationnelle de ce type d’avion n’excède pas les 65%, en raison des travaux de contrôle, de réparation et révisions périodiques. Cela dans le meilleur des cas, en l’occurrence si nous ne sommes pas contraints à mettre hors service nos F/A-18 avant que leurs remplaçants n’arrivent en ligne de vol.
Par les temps qui courent pour notre armée, le Conseiller fédéral Maurer joue, il est vrai, une partie des plus serrées. Nous comprenons donc sa stratégie de joueur de poker, si elle se confirme. Toutefois, pour éviter un lapidaire « Omg ! » (« Oh My God ! ») au terme de la partie, il faut dès aujourd’hui prendre conscience que l’enjeu n’est ni les humeurs du Parlement ni la stratégie à venir du GSsA. L’enjeu réside dans la population suisse : sa volonté de conserver à l’avenir une armée dotée d’une force aérienne digne de ce nom. Une aviation militaire à laquelle on allouera les moyens financier nécessaires pour, d’une part surveiller et protéger vraiment notre espace aérien, et d’autre part assurer la reconnaissance aérienne au profit des instances politiques et militaires, voire protéger des troupes au sol, le cas échéant. On pourra s’aider en se rappelant que la clé du succès en 1914 pour la création d’une Troupe d’aviation avait déjà été la population, …les politiques et les militaires étant alors aux abonnés absents.
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