Des avions de combat pour relancer l’économie ?

Pour le moins surprenante, l’idée émane de Doris Leuthard, présidente de la Confédération et cheffe du Département fédéral de l’Economie. Selon la presse de ces derniers jours, Madame Leuthard militerait pour une acquisition par tranches de nouveaux avions de combat afin de générer des commandes compensatoires pour une industrie nationale mise à mal par l’actuel ralentissement de l’économie suisse.

Une première tranche de huit à douze jets de combats pour générer des contre-affaires, l’argument invoqué a aussitôt fait bondir le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) qui dénonce d’emblée les mensonges entourant les chiffres avancés pour les commandes compensatoires. D’autres, par contre, ont fait preuve d’un bel enthousiasme, tel le Conseiller national PDC Pius Segmüller qui estime que ces contre-affaires auront l’effet d’un quatrième plan de relance économique.

A tout le moins, reconnaissons à Doris Leuthard le mérite de relancer le dossier du maintien de la capacité opérationnelle de notre force aérienne. Toutefois, jusqu’à aujourd’hui j’avais pour certitude qu’une flotte d’avions de combat n’avait d’utilité que pour la sauvegarde de la souveraineté d’un Etat sur son espace aérien. Aussi, investir dans des zincs pour relancer l’économie… là, un doute m’envahit : n’aurais-je pas manqué un passage capital chez Keynes ?

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Posted by François Monney on fév 16 2010 Filed under Chroniques, Guerre & Paix, Lu dans la presse. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

2 Comments for “Des avions de combat pour relancer l’économie ?”

  1. Aïe, par défaut entendre qu’on veut investir de l’argent dans l’armée, ça a fortement tendance à m’hérisser les poils! Pourquoi ne pas injecter massivement cet argent dans l’efficacité énergétique de nos bâtiments publics ou les énergies renouvelables?

    Par ailleurs, la guerre de demain (d’aujourd’hui…) sera électronique non? S’il faut vraiment investir de l’argent dans l’armée alors il faut former des hackers de haut niveau, acheter du matériel informatique de pointe me parait plus prioritaire.

    Bon, je sens qu’il va pas être facile de s’entendre entre un civiliste et officier de l’armée suisse… Ciao

    • « …investir de l’argent dans l’armée… »
      Ayant voulu conclure ma brève sur le ton de l’ironie, histoire de souligner l’incongruité qu’il y a à assimiler l’acquisition d’avions de combat à un plan de relance économique, je me suis obligé à user du terme « investissement », quand bien même je préfère dénoter la chose par la notion de « dépenses militaires ». Mais je doute que cette précision te fera retomber les poils ;-)

      « …la guerre de demain (d’aujourd’hui…) sera électronique non ? »
      Certes oui, mais pas que ! Si le rythme effréné des innovations technologiques militaires et civiles nous incitent à penser que la guerre contemporaine ou de demain sera forcément complètement différente des précédentes, nous oublions trop facilement que la dimension humaine, elle, a à peine changé au cours des siècles.
      Nous aimerions tellement que le progrès technologique nous affranchisse des horreurs de la guerre qu’à son endroit nous sommes désespérément disposés à croire n’importe quoi : qu’elle sera « éclair », « la dernière », « limitée », « chirurgicale », « zéro mort », « à distance », « presse-bouton », « sans mise en danger de l’homme (drones) »… et qu’aujourd’hui elle sera « cyber ».
      Ne nous leurrons pas : contrôler virtuellement un pays, une région du monde, une économie ou une population n’assouvit en rien la convoitise du conquérant. L’aspect « cyber » n’est qu’une dimension parmi d’autres. Une dimension supplémentaire, certes, mais pas exclusive. Il faut la prendre en compte, impérativement, mais bien comme une mesure préparatoire et accompagnatrice de la réelle « prise des possessions de l’adversaire en entier », pour reprendre les mots de Sun Tzu. En entier et concrètement, sinon, à moins d’être frappé collectivement du syndrome de Stockholm, le vaincu d’hier deviendra immanquablement à terme le bourreau de demain, sous une forme ou une autre.
      Aussi, même s’il est vrai que nous cumulons du retard en la matière et que nous devons nous donner les moyens de le rattraper – la Suisse n’est de loin pas le seul pays occidental à devoir relever ce défi – n’envisager la guerre d’aujourd’hui et de demain que dans une dimension prioritairement « cyber », c’est tout aussi dangereux pour la sécurité d’un Etat ou sa souveraineté sur son territoire, partant pour sa stabilité, donc sa compétitivité économique, que de ne rien entreprendre dans ce domaine.
      Gardon aussi à l’esprit qu’il est illusoire d’imaginer paralyser ou contrôler durablement – et pas que momentanément – un pays ou une région du monde au travers d’une offensive purement « cyber ».

      « ..il ne va pas être facile de s’entendre entre un civiliste et officier de l’armée suisse… »
      C’est Jules Renard qui disait : « Rien d’assommant comme de s’entendre : on n’a plus rien à se dire. » ;-)

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